LA CHRONIQUE DE ANNE

LES JEUX DE HASARD ET D’ARGENT
LA LUTTE ET LA PRÉVENTION CONTRE LE JEU PATHOLOGIQUE

No. 2 ACCUEIL: CHRONIQUE DE ANNE

Je voudrais d’abord remercier les personnes qui ont répondu à ma première chronique. Merci de parler avec votre cœur. Comme vous l’avez constaté, vos réponses sont publiées sur le site à la suite de ma chronique. Vos adresses courriel, vos noms respectifs, vos lieux d’origine demeurent en tout temps strictement confidentiels, à moins d’indication contraire de votre part. Si l’un d’entre vous ne désire pas voir sa réponse publiée, veuillez s’il vous plaît l’indiquer. Autrement, toutes les réponses seront publiées afin de faire de chaque chronique un forum enrichissant pour tous les internautes.

À cœur ouvert, je désire démystifier la maladie du jeu pathologique. Dès ma première chronique, j’accueille avec beaucoup de compassion le témoignage d’une joueuse compulsive qui décrit clairement à quel point le jeu mène sa vie ainsi que le témoignage de deux autres personnes, victimes des conséquences dévastatrices de la dépendance au jeu de leurs proches.

Mais bon sens, que se passe t-il donc dans la tête d’un joueur pour générer autant de souffrance pour lui-même et pour ses proches ? Comment un être peut-il s’accrocher à une passion aussi dévastatrice au point de se détruire et de tout détruire autour de lui ? Comment un être peut-il s’abaisser au point de développer une relation aussi intense avec une machine à sous sur laquelle il n’aura jamais le contrôle ? Comment un être en arrive t-il à investir toutes ses énergies et tout ce qu’il possède dans un système préconçu à son détriment ? Comment un être en arrive t-il à miser toute sa vie dans un monde d’illusions et de déceptions incessantes ? Comment un être en arrive t-il à jouer le budget familial, à voler ses propres enfants, à les priver de nourriture et de vêtements, à saboter les rêves et l’avenir de sa famille ? Comment un être en arrive t-il à briser son foyer, à perdre son emploi, à jouer la sécurité de ses vieux jours ? Je ne comprends pas, me dit-on si souvent !

Pour vous offrir des réponses aux questions qui précèdent, je vous invite à me suivre derrière le jeu pour découvrir la maladie qui l’alimente. Contrairement aux autres dépendances, le jeu pathologique est une maladie qui ne se voit pas, qui ne s’ingère pas et qui ne laisse pas d’odeurs. Le jeu pathologique est une maladie sournoise qui s’installe progressivement dans la vie du joueur. On reconnaît trois phases à cette maladie. La phase gagnante, la phase perdante et la phase du désespoir.

Dans mes prochaines chroniques je vous conduirai dans les trois phases de Ma descente aux enfers, mon histoire à moi, mon amour passionné pour le jeu. Je vous livrerai cette partie de moi en toute humilité, dans le but de vous sensibiliser à vos propres comportements et motivations aux jeux de hasard et d’argent.

Ce sera le moment pour vous d’entrer dans le monde d’un joueur et d’en profiter pour prendre note de quelques symptômes, signes précurseurs, annonciateurs de cette maladie si mal comprise et dont toute la responsabilité repose lourdement et uniquement sur les épaules du joueur compulsif. Ça va changer, faites-moi confiance !

Merci de me lire,

Affection, Anne


14 mai, 2003 07:57

Bonjour Anne,

Je suis la conjointe d'un joueur, il vit avec moi depuis quelques années. Je ne sais plus quoi faire pour bien vivre cette souffrance. J'administre le budget pour qu'il ait moins d'argent, il me donne ses paies bon gré, il veut tout ce qui se passe.

Il n'a pas joué un bout de temps, je dirais 4 mois environ, mais là, j'ai eu peur je lui ai dit et il s'est fâché en disant que je ne lui faisais pas confiance, j'ai voulu discuté, lui expliqué ce que je pensais mais il n'a rien voulu entendre, je lui ai laissé l'argent qui devait servir à aller s'acheter ce qu'il désirait depuis longtemps, il était content d'aller le chercher, mais suite à la discussion, il est allé jouer et il a tout dépensé. Il n'aura pas ce qu'il voulait, il s'en veut, il dit qu'il voulait sans doute me donner raison pour mes doutes. Il ne veut pas en parler, il reste muet, pas un mot n'est sorti de sa bouche,

Je ne lui ai rien dit, pas un reproche, rien. Je ne sais plus quoi dire ou faire lorsque mes doutes sont là, je n'ose même pas lui exprimer et pourtant il me dit toujours de parler de ce qui ne va pas. Je me sens comme un bourreau qui contrôle tout, mais je veux l'aider à obtenir ce qu'il désire mais rien ne va. On s'aime l'amour n'est pas en cause, il dit qu'il est mal`avec lui-même!

Il allait au joueur anonyme, il a cessé, il consultait, il a cessé. Il se pense guérit lorsqu'il passe plusieurs mois sans jouer, mais l'envie est souvent là mais il résiste! Que faire et que dire!

Chaton

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RÉPONSE DE ANNE

Merci de votre confiance. Votre témoignage est un bel exemple de ce que disais dans ma chronique : devenons responsables et aidons les autres à se responsabiliser.

À mon humble avis, il n'est pas possible de bien vivre avec un joueur quand ce dernier arrive encore à vous manipuler au point de vous rendre responsable de sa rechute. Lorsque votre conjoint vous dit qu'il est retourné jouer pour confirmer vos doutes, il vous dit également que vous êtes responsable de sa rechute. Il vous dit qu'il est allé jouer parce que vous avez douté de lui ! Attention, aidez-le à se responsabiliser en lui soulignant qu'il est le seul responsable de sa rechute au jeu et que lui seul est responsable des conséquences qui en découlent.

Si votre conjoint n'assiste plus aux réunions de GA, s'il ne consulte plus, s'il se croit guérit ... attention, le jeu mène encore sa vie et il détruit la vôtre. Vous ne pouvez agir pour votre conjoint mais vous pouvez faire quelque chose pour vous. Il y a de l'aide pour les familles des joueurs pathologiques. Si vous désirez envisager cette voie, je peux vous référer.

Vous n'êtes pas responsable de la non-responsabilité de votre conjoint, vous êtes responsable envers vous-même de ne pas le laisser briser votre vie. Bon courage, je pense à vous !

Affection, Anne


9 mai, 2003 13:47

Bonjour,

Je suis moi aussi une joueuse "compulsive" en grande souffrance. J'essaye de me mettre des messages partout m'incitant à arrêter. Je n'aime pas ce vice, cette maladie, cette plaie.

Si je passe devant le casino, je suis "morte", y entre et ne peux m'arrêter. J'ai du avoir recours à un syndic pour faire une proposition aux créanciers. Depuis, je dois sans arrêt budgéter... et dernièrement ai trouvé une compagnie qui prête de paie en paie. Je ne vous dis pas les intérêts chargés, du vol pur.

Je sais tout cela et malgré tout je ne parviens pas à l'abstinence. J'ai peur d'y perdre ma santé car inutile de vous dire qu'il me manque parfois de l'argent pour faire une épicerie ... J'ai eu peur de perdre ma maison, j'ai perdu beaucoup d'amis évitant souvent les rencontres sociales pour aller me clouer (m'enchaîner aux machines). Est-ce cela la vie que je veux mener. Bien entendu je réponds NON.

J'aimerais donc savoir comment vous êtes parvenue à devenir abstinente.
Merci de me répondre et bravo pour votre abstinence.

Anonyme 2

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RÉPONSE DE ANNE

Chère dame,

Merci de votre confiance. Parler si ouvertement de votre dépendance est déjà un grand pas, une première étape dans laquelle vous reconnaissez les impacts dévastateurs du jeu dans votre vie. Vos écrits en témoignent, le jeu mène votre vie, toute votre vie! Vous avez le pouvoir de changer cette vie misérable en cessant de jouer, IMMÉDIATEMENT ! Il y a de l'aide pour vous, soyez-en assurée et rassurée. Vous devez vouloir, nul ne peut agir pour vous sauf vous!

Avez-vous déjà consulté pour votre problème ? Avez-vous déjà suivi une thérapie spécifiquement pour le jeu ? Voulez-vous vraiment régler votre problème ? Êtes-vous prête à investir toutes vos énergies dans votre réhabilitation ? Êtes-vous disponible pour suivre une thérapie intensive ? en cure fermée ? ou en externe ? Serez-vous disponible pour assister fidèlement à des réunions de gamblers anonymes ?

La sobriété est un autre mode de vie, mais croyez-moi, il a bien meilleur goût. Devenir abstinente commence par reconnaître son impuissance devant sa dépendance. Vous en êtes là. Ensuite, une thérapie intensive et un suivi individuel d'une durée d'au moins un an. Ensuite, des réunions et encore des réunions avec des gens comme nous car le NOUS est plus fort que le JE. L'abstinence vient en reprenant la maîtrise de sa vie, 24 heures à la fois. Seulement pour aujourd'hui ... 24 heures à la fois, j'avance ma vie l'esprit en paix, avec l'esprit de paix! Voyez ce beau cadeau qui vous attend, il n'en tient qu'à vous de demander de l'aide tout de suite.

Je pense à vous, j'attends vos réponses pour mieux vous référer. Bon courage !

Affection,

Anne xx

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12 mai, 2003 11:00

Merci d'avoir pris le temps de me répondre.

L'abstinence, je la pratique, mais bien entendu de façon involontaire, car n'ayant plus le sou, je ne peux jouer. Les journées à risque sont bien entendu les journées de paie...

Non je n'ai suivi aucune thérapie ni individuelle ni de groupe. J'ai cependant lu et relu tout ce que je trouvais sur le sujet.

Rare sont aussi les gens qui connaissent mon problème, je pense qu'on développe des trucs pour cacher notre dépendance.

J'ai déjà pensé me faire auto exclure du casino, mais ai reculé...sans doute pensant que je pourrais de moi même résoudre ce problème.

Souvent je me mets à penser à tout ce que je pourrais me payer si je me débarrassais du jeu. Mais ces rêves s'envolent hélas trop souvent devant les machines.

Je me vois alors sortir du Casino fort enragée, m'en voulant d'avoir été aussi stupide. De plus je sais que le Casino est une grosse machine qui fait tout pour garder ses "bons clients". J'ai été VIP pendant un an. Incroyable ce que le casino m'offrait: billets pour des spectacles, accès à un salon privé ou la nourriture coule à flot. Pas fou le casino !!! Et chaque fois que je profitais de ces avantages je me disais, combien m'ont-ils coûtés ces avantages...

Mais la plus grosse honte que j'ai vraiment vécue a été sans nul doute ma démarche avec un syndic. Si je recule avant ma période pré-jeu,,, mon compte était toujours bien garni, j'avais un excellent crédit. Tel n'est plus le cas.

Mais vous n'avez pas vraiment répondu à ma question, comment avez vous réussi à vous débarrasser de votre problème de jeu ???

Anonyme 2

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RÉPONSE DE ANNE

Madame,


En réponse à votre question, je vous répondrai qu'aucun joueur ne se débarrasse de son problème de jeu. Le jeu pathologique est une maladie incurable au même titre que l'alcool, les drogues et autres dépendances. Le jeu pathologique est une maladie qui se traite par une thérapie intensive, un suivi individuel d'une période d'au moins un an et une présence fidèle et régulière à des réunions de gamblers anonymes. La sobriété naît de votre volonté de vous en sortir et de franchir les étapes nécessaires à votre réhabilitation. Ne comptez sur personne sauf vous-même pour vous en sortir! Aidez-vous en devenant responsable un jour à la fois.

Si vous voulez vraiment régler votre problème de jeu et reprendre la maîtrise de votre vie, vous devez cesser immédiatement d'y investir toutes vos énergies. Vous devez comprendre que vous êtes une joueuse compulsive et que vous le serez jusqu'à la fin de vos jours car vous êtes impuissante devant le jeu. Vous êtes incapable de vous en sortir par vous-même, vous l'avez écrit en vos propres mots. Madame, inscrivez-vous à un programme de thérapie intensive dans les plus brefs délais.

Il n'y pas de formule magique, il n'y pas de formule rapide mais il y a la formule d'un nouveau mode vie, seulement pour aujourd'hui, 24 heures à la fois, je fais tout en mon pouvoir pour ne plus laisser le jeu mener ma vie. Personne ne peut vous aider à devenir sobre tant et aussi longtemps que vous demeurerez dans l'inaction et le déni.

Madame, je vous invite à agir aujourd'hui même. Cessez de voir le jeu comme la solution à vos problèmes alors que votre vrai problème est le jeu. Moi, j'ai signé un contrat d'exclusion des casinos de Montréal, Hull et Charlevoix pour la période maximale de cinq ans. C'est déjà un bon départ. En agissant ainsi, j'ai ensuite consacré tous mes efforts et toutes mes énergies dans ma réhabilitation. J'ai remplacé ma passion dévastatrice par une passion constructive et valorisante, 24 heures à la fois. J'ai lâché prise et je me suis fait soigner. J'avance ma vie 24 heures à la fois, déterminée à ne plus jamais laisser le jeu mener ma vie. J'avance ma vie 24 heures à la fois en me responsabilisant, en changeant les choses que j'ai le pouvoir de changer et en acceptant celles que je ne peux changer. J'accepte, 24 heures à la fois, que je ne peux pas mettre les pieds dans un casino, seulement pour aujourd'hui. Hier ne reviendra plus, demain n'est pas encore là. Je vis pleinement mes 24 heures, je prends soin de moi, je dirige ma vie, je dis oui à ce qui est bon pour moi, je dis non à tout ce qui risque de s'avérer malsain pour moi.

En terminant, permettez-moi de vous poser une question. Madame, qu'avez-vous l'intention de faire aujourd'hui pour ne plus laisser le jeu mener votre vie?


Affection, Anne

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