LA CHRONIQUE DE ANNE

LES JEUX DE HASARD ET D’ARGENT
LA LUTTE ET LA PRÉVENTION CONTRE LE JEU PATHOLOGIQUE

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DANS LA TÊTE D'UNE JOUEUR

Plusieurs personnes sont unanimes à dire que, de toutes les dépendances, le jeu pathologique est la plus sévère. Cette dépendance détruit l’être humain dans un temps record, le réduit à un parasite des plus minables. Je vous dirais que les dénominateurs les plus communs, chez les personnes aux prises avec cette maladie, sont la honte et le sentiment morbide de culpabilité.

Il m’arrivait souvent, en me rendant au casino de Montréal, de me dire : mon conjoint, ma fille, ma sœur, mon beau-frère et mes amis sont au travail et moi je m’en vais au casino. Comment se fait-il que je suis la seule dans mon entourage à tant aimer le casino ? Qu’est-ce qui m’arrive ?

Au sein de ma famille et de mes proches, je vis une vie secrète. Je me sens si seule, à part des autres. Tous sont au travail à gagner leur vie, à s’assurer une belle retraite, à assumer leurs obligations morales et financières. Et moi ? Moi je m’en vais au casino, jouer avec l’argent de la commande espérant décrocher le gros lot! Sachant fort bien que lorsque je l’aurai perdu, je n’aurai pas la force de partir. Que les cartes de crédit s’useront dans les guichets automatiques jusqu’au moment où je verrai la mention : fonds non disponibles. Autant d’humiliations, jour après jour.

À tous les matins mon conjoint me disait : j’aimerais bien rester à la maison et jouer dans mon garage mais, comme tout le monde, je dois aller gagner des sous. Et toi, que vas-tu faire aujourd’hui ? Dans mon intérieur, je répondais : je vais essayer d’aller gagner des sous au casino. Je sens qu’aujourd’hui je vais être chanceuse. Dès qu’il franchissait la porte, j’avais les larmes aux yeux. Je me sentais tellement malhonnête envers lui. J’avais honte de le prendre pour une valise, de le bourrer de mensonges alors qu’il me rappelait sans cesse son amour pour moi. Il avait confiance en moi, il m’aimait beaucoup. Toujours en éloges à mon égard, toujours attentif à mes besoins, toujours prêt à me faciliter la vie.

J’avais l’esprit tourmenté et je vivais dans la peur qu’il apprenne la vérité. Je ressentais déjà sa peine et sa profonde déception. Je me disais que je ne méritais pas de vivre auprès d’un homme dont l’intégrité était la valeur première alors que je moi je la violais quotidiennement. Lorsqu’il entrait le soir, il ne m’était plus possible d’appuyer son regard, je baissais les yeux. Lorsqu’il me prenait dans ses bras, je voulais tout lui dire, tout lui avouer, lui crier ma souffrance. J’avais trop peur de son jugement, je sous-estimais sa volonté de me venir en aide. Je voulais que personne ne sache ce que j’étais devenue, surtout lui ! Malgré ce plus beau cadeau que me faisait la vie, un amour véritable et sincère, ma passion pour le jeu s’élevait bien au-delà de mon amour pour lui

Comme il est épuisant de se cacher, de mentir sans arrêt, de choisir des endroits plus obscurs au casino dans la peur d’y être vue alors que j’étais censée être ailleurs. De sortir en courant du casino parce que j’avais oublié l’heure, acharnée et entêtée à récupérer mes pertes. À faire des crises d’angoisse à me retrouver dans la folie des heures de pointe et à chercher, dans ma gymnastique mentale, l’excuse par excellence qui viendrait justifier mon retard. Quelle vie infernale, minable, pitoyable ! (… à suivre)

Affection, Anne
 

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