LA CHRONIQUE DE ANNE

LES JEUX DE HASARD ET D’ARGENT
LA LUTTE ET LA PRÉVENTION CONTRE LE JEU PATHOLOGIQUE

No. 5 ACCUEIL: CHRONIQUE DE ANNE

MA DESCENTE AUX ENFERS

Je suis une joueuse compulsive abstinente depuis deux ans. J’ai souffert de cette maladie incurable et j’ai accepté mon impuissance devant ma dépendance. Moi j’ai choisi le jeu pour combler mon vide intérieur. J’ai aimé le casino plus que tout au monde, au-delà de toute valeur humaine ! Mais avant de poursuivre, je tiens à souligner que le casino est un endroit où l’on peut passer de bons moments lorsque l’on ne souffre pas de dépendance et que l’on sait s’arrêter.

Mais lorsque je suis obsédée par l’idée de m’y retrouvez tout le temps – alors rien ne va plus, je suis en danger – je dois m’arrêter avant qu’il ne soit trop tard ! Lorsque je suis obsédée par l’idée de me retrouver tout le temps devant les loteries vidéo accessibles dans plusieurs endroits publics, alors rien ne va plus, je suis en danger, je dois m’arrêter avant qu’il ne soit trop tard !

Lorsque je dépense des sommes d’argent exagérées pour me procurer des billets de loterie et que, de jour en jour ou de semaine en semaine, je vis la déception incessante d’être perdante, j’alimente chez moi une dépendance au jeu. Inévitablement, cette dépendance m’incitera à miser plus fort. Lorsque je suis dépendante des jeux de hasard et de chance pour obtenir ce que je veux ou que je rêve d’avoir, je m’offre un bonheur éphémère, une euphorie passagère qui m’emportent loin de la réalité !



AVANT QUE JE NE M’ENFONCE

Avant le jeu, j’étais d’abord et avant tout, une personne sobre. J’avais l’esprit en paix. J’étais intègre, fidèle et honnête. J’aimais mon enfant plus que tout sur Terre. J’étais en amour et j’étais aimée. J’avais le sens de la famille, de l’amitié, du respect de soi et d’autrui. J’avais la liberté de faire les bons choix dans la vie pour être heureuse et bien dans ma peau. J’aimais la vie en dépit de ses morsures et de ses leçons parfois draconiennes... J’avais de l’argent, pas beaucoup, mais suffisamment pour rencontrer mes obligations morales et financières. J’avais l’opportunité de m’offrir une qualité de vie appréciable. J’avais des REER grâce à l’aide et aux précieux conseils de mon conjoint. J’étais réaliste, je m’achetais des billets de loterie, quand j’y pensais, en me disant « si je gagne, tant mieux ».

J’appréciais la beauté de la nature, d’un geste tendre, d’un sourire gratuit. J’avais une bonne santé physique et un assez bon moral malgré les séquelles d’une dépression majeure dont je ne peux vous révéler la cause ici. J’avais le sens de l’humour. J’étais juste envers moi-même et envers les autres. J’étais fière de mon apparence, bien vêtue, bien coiffée, bien maquillée. J’avais un travail respectable et j’étais appréciée par mes patrons et collègues de travail. J’avais le souci du travail bien fait dans les délais prescrits.

J’étais bien organisée et le temps m’était précieux. J’étais responsable devant tous mes engagements. J’étais ricaneuse et enjouée. J’avais la foi, je croyais en une puissance supérieure. J’avais passé 46 ans de ma vie à apprendre, bâtir et entretenir cette hiérarchie de valeurs tangibles et intangibles.

J'AI TOUT, TOUT PERDU !

Dans cet exil endiablé de l’hédonisme (plaisir immédiat) et de la perfidie (trahison), je me suis saignée à blanc. J’y ai laissé toutes mes économies, tous mes REER et j’ai emprunté de l’argent que je n’avais pas les moyens d’emprunter. Mon chèque de paie était hypothéqué à 100% par des emprunts bancaires, des billets à demande et des promesses de toutes les couleurs. Au jeu, je n’ai pas seulement perdu de l’argent. J’ai violé toutes les valeurs précitées. J’ai fait beaucoup de mal à mes proches. Lentement mais sûrement, je me suis isolée de ma famille, de mes ami(e)s et de toute personne qui me priverait de temps pour jouer. Dieu sait que j’en ai fait de la gymnastique mentale pour justifier toutes mes absences familiales et sociales. Lentement mais sûrement, je me suis désintéressée de mon travail. Je prenais des journées de vacances anticipées pour aller au casino !

Ma santé en a pris un sacré coup. J’ai perdu la paix d’esprit et l’esprit de paix. Je vivais ma vie comme un agent secret. Je cachais tout mon courrier, je barrais tous mes tiroirs, je doutais de tout. Je vivais dans la peur d’être découverte. Je vivais de cafés et de cigarettes, je n’avais pas le temps de m’arrêter pour une bouchée. Pas question de prendre 10 $ pour me nourrir, tout mon argent allait au jeu. Je regardais ma vie se faire « flusher » à coup de 25 ¢. Pas question de laisser ma machine pour aller aux toilettes, je me retenais pendant des heures et des heures. Dans mon ivresse mentale, j’étais toujours « sur le point de gagner », alors les besoins de base physiques attendaient à un point tel que j’ai fait plusieurs infections de vessie.

Je suis devenue d’une irritabilité excessive. Tout le monde me tapait sur les nerfs. Je persistais, je sautais d’une machine à l’autre en me disant : vous allez me payer, vous allez me rendre mon argent, mes t... de c... de s..., un vocabulaire eucharistique enviable quoi ! Moi qui ai toujours été plutôt timide, j’ai perdu tout respect de moi-même, je m’en foutais si les gens m’entendaient blasphémer à tue-tête ! Je n’appuyais plus sur le bouton « jouer » avec classe et savoir-faire, c’est à coup de poings que j’ordonnais aux maudites machines de me payer ! J’implorais Dieu de me venir en aide en lui jurant de cesser de jouer. Je LUI demandais simplement de me permettre de gagner le montant nécessaire pour acquitter toutes mes dettes, pour la dernière fois. Alors je me suis mise à prier Dieu derrière les machines à sous ! Quelle perfidie !

Je courais de gauche à droite comme une poule étêtée pour trouver de l’argent. Lorsque je quittais le casino, le portefeuille vide et les cartes de crédit « plafonnées », il me fallait encore faire l’épicerie, passer chez le nettoyeur, la pharmacie et tous ses autres commerçants qui font partie de la vie normale et courante ! Bon sens que je dégelais vite ! Visa ? MasterCard ? American Express ? Hum... Voyons, laquelle va passer ? Laquelle va casser ?

Joueurs compulsifs, il y a de l’aide pour vous, il y a de l’espoir pour vous.
Si vous souffrez d’un problème de jeu, agissez maintenant. Si vous connaissez quelqu’un qui souffre d’un problème de jeu, agissez maintenant, aidez-le à s’en sortir.

À l’endroit où je suis allée en thérapie on m’a appris ceci : Le hasard est un événement heureux ou malheureux qui est impossible à prévoir. – La chance est un événement heureux qui est impossible à prévoir. Quelles sont mes chances de détenir, un jour, un billet de loterie de plusieurs millions de dollars ? Ce jour-là, personne ne peut l’inscrire sur le calendrier de ma vie. Quels sont mes risques, qu’un jour, je sois heurtée à mort en traversant simplement la rue ? Ce jour-là, personne ne peut le prévoir et seul Dieu peut m’en épargner ! Dans une dimension plus réaliste, quelles étaient mes chances d’échapper à un sort tragique en demeurant irresponsable, négligente, tout en continuant à nier mon problème de jeu ? Quels étaient mes risques de croire en un recours soutenu, quel qu’il soit, pour alimenter mon besoin de jouer et financer mes dettes qui ne cessaient de s’accumuler ?

Affection, Anne

3 juin, 2003 17:03

Bonjour Anne,

tu m'as dit que si tu pouvais m'aider davantage de t'écrire, alors je crois que oui tu peux m'aider encore. Je te fais suivre le courriel d'hier pour que tu saches de ce que nous avons discuté. Je demeure dans la Mauricie et mon ex-conjoint avait commencé la thérapie à la maison Jean-Lapointe à l'externe, il devait voyager 3 fois semaines à Mtl pour la thérapie qu'il a abandonné parce qu'il disait que ça l'épuisait trop physiquement de voyager. Je sais qu'il a aussi fait des fins de semaines intensives avec GA qu'il n'a jamais terminées avant qu'il soit avec moi. Depuis que je le connais, près d'un an, il a presque à 2 reprises eu son écusson de 60 jours mais a rechuté à 4-5 jours du 60 jours. Crois-tu qu'il a un désir réel d'arrêter de jouer ? Je lui ai demandé de se faire exclure de l'hippodrome et il m'a dit que ce n'était pas nécessaire !!!

Tu me dis qu'un joueur compulsif ne s'aime pas et qu'il ne peut pas aimer personne, je dois donc présumer qu'avec moi ce n'était que de la comédie ??? Lorsque je lui ai dit que je le laissais la semaine dernière, il vit en apartement et moi aussi, il est venu chercher toutes ses affaires, il était fâché après moi, m'a redonné mes clés et m'a dit que de toute façon il ne reviendrait pas ici, je ne t'aime pas, j'avais juste du plaisir d'être avec toi ! Ça a donné un grand coup !!! Depuis ce temps il est avec son ex, n'appelle pas et ne viens plus ici. Selon des amis communs, il semble aller à merveille alors que moi je suis tout viré à l'envers, je m'ennuie. Est-il si aveuglé par le jeu qu'il se fout de moi ? Que dois-je faire ? Refaire ma vie sans l'attendre ? Agira-t-il toujours ainsi ?

Merci de me répondre, ça me fait du bien !
 

Anonyme (4)


RÉPONSE DE ANNE

Rebonsoir Anonyme (4),

Ne prends pas la conduite de ton ami personnellement. Ne te fais surtout pas de mal en croyant qu'il ne t'aime pas ou qu'il ne t'a jamais aimé. J'aimerais t'inviter à voir ton ami comme une personne dans un état maladif qui a besoin de soins thérapeutiques spécifiques à son problème : le jeu. Je te répète qu'un joueur est un grand solitaire, avare de son temps et insouciant du mal qu'il fait aux autres. Ne prends pas tout ce qu'il dit pour acquis. Un joueur est un menteur chevronné, un manipulateur par excellence. Rien n'est à son épreuve pour en venir à ses fins.

Qui te dit que ça va bien avec son ex ? Tu ne sais pas ce qui se passe réellement entre eux. Encore une fois, ne te fais pas de mal sans connaître la véracité des faits. Ce n'est pas peut-être pas aussi rose que tu le crois. Ne fais pas de déductions, ne sautes pas aux conclusions, ne fais pas surtout pas de projections. C'est à ton détriment.

Tu me trouveras peut-être très dure mais je tiens à te dire, qu'à mon humble avis, il est impossible de vivre avec un joueur compulsif. C'est une relation infernale, cousue de déceptions et de peines quotidiennes. Je ne peux pas te prédire si ton ami agira toujours ainsi, je n'ai pas ce pouvoir de lire dans son avenir. Toutefois, je peux te confirmer que tant qu'il jouera, OUI ... il agira toujours ainsi.

Tu me demandes si tu devrais refaire ta vie sans l'attendre ? Sans vouloir te faire de peine plus que tu n'en éprouve déjà, et crois en ma sincérité, je te répondrais : OUI, anonyme, sors de cette relation au P.S. Ne laisses la dépendance au jeu de ton ami faire de toi une autre victime indirecte de cette maladie pathologique. Ton premier devoir est envers toi-même, il t'appartient d'aller au devant des coups !

Sais-tu qu'il y a de l'aide pour les proches et les familles des joueurs ? Que dirais-tu de miser toutes ses énergies sur ton bonheur à toi ? Je crois qu'une consultation pour t'aider à te séparer de ton ami est une première démarche que tu pourrais considérer. Qu'en penses-tu ?

Pour le moment, je te conseille de prendre ça 24 heures à la fois. Ne t'isole pas dans ta souffrance. Souviens-toi que tu as le pouvoir de changer les choses que tu peux changer ! Nul n'est tenu de demeurer dans une relation malsaine, ça c'est de la dépendance affective et non de l'amour. Toute une différence cher ami !

Bon courage, je pense à toi,

Affection, Anne
 


VEUILLEZ PRENDRE NOTE QUE LES MISES À JOURS DE CETTE CHRONIQUE ONT LIEU UNE FOIS SEMAINE

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