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L’HYPOCRITE NOUVEAU PLAN D’AFFAIRE DE LOTO QUÉBEC

 

Contexte : Le Québec a été transformé en un vaste casino…

Le taux de prévalence de personnes souffrant du jeu pathologique est de +/- 5% et plus spécifiquement de +/-10% (1) pour les appareils de loteries-video (ALV). Le gouvernement québécois, lorsqu’il a légalisé les jeux de hasard et d’argent, en a grandement facilité l’accès, entre autres en localisant les casinos de Montréal et de Hull près des Centres-villes et surtout en installant des appareils de loteries-vidéo dans un nombre très important de bars et autres débits d’alcool ! Ainsi, on retrouve au Québec des appareils de loteries vidéo (ALV) à presque tous les coins de rue de nos villes et villages ! Le Québec entier a été ainsi transformé par son gouvernement en un vaste casino…

Le plan d’affaire 2004-2007

Le nouveau plan d’affaire de Loto-Québec (L-Q) témoigne de la pression que subit cette société d’État face au développement exponentiel du jeu pathologique au Québec. Dès la première page de son plan d’affaires, Loto-Québec aborde ses responsabilités sociales versus sa mission économique. À la demande du gouvernement, elle annonce que les principes fondamentaux qui la guideront sont :

-minimiser les coûts sociaux reliés au jeu de hasard et adopter de nouvelles mesures pour combattre le jeu pathologique; accroître l’efficacité et la performance générale de Société de manière à maintenir le niveau de bénéfices nets versés annuellement au gouvernement; contribuez, de concert avec les intervenants du secteur, au développement et au succès de l’industrie touristique; ne pas augmenter l’offre globale du jeu.

La bonne nouvelle réside essentiellement au fait que c’est la première fois depuis des années que le gouvernement demande à L-Q de ne pas augmenter l’offre globale du « jeu » et les bénéfices nets qu’elle lui verse.

Implantation de 5 centres de jeux (casinos ?)

Mais tout ce beau discours de L-Q sur ses responsabilités sociales sert surtout de paravent à un audacieux plan de développement. On prend ainsi prétexte de la réduction de l’offre du jeu pour enlever des bars les appareils les moins rentables (là ou il y a 4 machines et moins) pour les localiser dans des nouveaux centres de jeux (casinos sans jeux de tables… pour le moment) dont certains d’entre eux pourraient être localisés dans des hippodromes. Cette manœuvre est très habile puisque L-Q récupère à ses propres fins une proposition mainte fois énoncée par les tenants d’une gestion éthique des jeux de hasard et d’argent (J.H.A) afin de réduire l’accessibilité aux loteries-vidéo (L.V.). Cette proposition des tenants d’une gestion éthique des J.H.A. s’inscrit dans un vaste plan d’action qui implique, entre autres, que les L.V. deviennent accessibles uniquement dans des centres de « jeu » sous contrôle étatique. Loto-Québec ne se réapproprie cette idée que pour élargir l’offre et l’accessibilité aux loteries vidéo auprès de ceux qui, par coïncidence, correspondent au profil du joueur pathologique c.-à-d. les hommes ayant un revenu moyen de +/- 40.000/an ! Le parc d’appareil de loteries-vidéo restera, tant qu’à lui, presque intact dans les villes et villages, mais en plus 5 nouveaux centres régionaux de jeux (casinos de grosseur moyenne) apparaîtront sur le territoire québécois. Machiavélique … vous ne trouvez pas ?!

Déménagement ou rénovation du casino de Montréal - Le statut quo s’impose…

Ce n’est pas la première fois que Loto Québec tente de vendre aux Montréalais le déménagement du casino de Montréal au centre-ville. Mais c’est la première fois qu’on joue si habilement les cartes (sic) du tourisme (foire commerciale) et du développement économique.

Le but inavoué de l'opération est de rendre encore plus accessible le casino aux Montréalais et aux banlieusards, et ce, afin d’accroître davantage l’offre du jeu. Malheureusement, Montréal n'est pas Las Végas, Atlantic City ou Monaco. Les touristes ou les supposément grands joueurs internationaux ne se rendront jamais (en nombre significatif) à Montréal pour son unique casino… Ce type de casino s'adressera toujours principalement à la population locale.

Rapprocher le casino du centre-ville augmenterait inévitablement la fréquentation de celui-ci par la population locale... et le nombre de joueurs pathologiques à Montréal. Le chercheur français Jean-Pierre Martignoni démontre, dans une enquête, qu'il existe un lien direct entre proximité géographique et fréquentation d’un casino. « Un fait d'évidence qui se vérifie au nouveau casino lyonnais. « 80 % des joueurs de notre établissement ne jouaient pas auparavant. Ils se sont découvert un nouveau passe-temps », reconnaît Guy Benamou, le P.D.G. (...) du (casino) Pharaon." » (3).

Comme le démontrent de nombreuses études, la grande accessibilité des « jeux » de hasard et d'argent est la principale cause du développement du jeu pathologique au Québec. Le projet de rapprocher le casino de Montréal du centre-ville ne pourra qu’entraîner une augmentation du taux de prévalence des Montréalais aux prises avec un problème de jeu pathologique…

Une autre possibilité qu’évoque le plan d’affaire de Loto Québec est celle de rénover et d’agrandir l’actuel casino. Dans les journaux on a évoqué qu’un hôtel luxueux pourrait être construit dans le vieux port (peut être un des silos), une liaison maritime entre le quai attenant à l’hôtel et le casino est aussi envisageable ! Peut importe, le choix retenu, le but est le même … augmenter l’accessibilité du casino aux Montréalais.
C’est assez ! Une taxe déguisée en jeu ?

Les appareils de loteries électroniques sont tout autant un jeu que la « roulette russe ». On y sourit rarement et on y perd gros…

Les Montréalais et les Québécois sont déjà très (trop) nombreux à éprouver des problèmes avec les « jeux » (1b) de hasard et d’argent. Des milliers de familles ont été détruites par ces « jeux ». Une majorité de joueurs compulsifs songent au suicide (jusqu'à 70% (2)) et chaque année, des dizaines d'entres eux passent à l'acte et se donnent la mort.

Jusqu’où va aller cette soif d’argent facile de la part de nos gouvernements ? On ne peut constamment augmenter la part de l’argent récoltée chez nos concitoyens par cette taxe de misère (ou à la misère) que sont les jeux de hasard et d’argent sans créer de graves problèmes sociaux… Il faut que cela s’arrête et que nos gouvernements réalisent l’importance de gérer d’une façon plus responsable et éthique cette industrie. Il y a suffisamment de mal qui a été fait comme ça… c’est assez !

La création d’un Conseil québécois pour le jeu responsable

Loto-Québec propose la création d’un organisme indépendant de Loto-Québec et du gouvernement : le « Conseil québécois pour le jeu responsable » qui aurait charge du traitement, de la recherche et de la prévention du jeu pathologique. Voilà qui n’est pas une mauvaise idée… mais ce conseil devra, contrairement à ce qui est proposé, être complètement indépendant de toute influence gouvernementale ou corporative et avoir toute la latitude nécessaire pour établir ses propres programmes de prévention et financer ses propres recherches. La représentation citoyenne devra être majoritaire et afin d’éviter toute apparence de conflit d’intérêts, les personnes qui auraient été liées de trop près à Loto-Québec, exclues. Mais évidemment, L-Q propose tout le contraire… Le CA serait composé de représentants des instances gouvernementales et paragouvernementales, de gestionnaires de l’industrie du gambling, etc. etc. L-Q dicte même le nom que devra porter ce Conseil. Loto-Québec pousse même l’audace jusqu’à décrire l’éventuel mandat de ce Conseil et à y énumérer une liste des organismes qu’il devra financer tel le centre d’excellence de l’université Laval à laquelle est associé Robert Ladouceur, un chercheur que les services corporatifs de L-Q ont financé pendant plus de 20 ans!

Personnellement, je rêve du moment où l’on pourra retrouver dans les médias une campagne de prévention similaire à celle qu’il y a eu ces dernières années pour le tabac… où l’on ne parle pas de « fumage responsable et de fumeurs excessifs »! Je préférerais aussi qu’un « Conseil québécois pour une gestion éthique et responsable des jeux de hasard et d’argent » soit créé en lieu et place d’un Conseil québécois pour le jeu responsable…

À quand une gestion gouvernementale éthique et responsable des jeux de hasard et d’argent ?

Le PLAN D’AFFAIRES utilise abondamment la notion de responsabilité du joueur, on y parle de « jeu responsable », de « conseil québécois pour le jeu responsable »… Cette notion de jeu responsable est des plus perverse, car elle fait porter à la personne souffrant de cette dépendance tout le poids de son problème ! Alors que dans les faits le principal responsable des graves problèmes de jeux pathologiques dont souffrent des centaines de milliers de québécois est le gouvernement et sa gestion désinvolte de l'industrie du gambling

Ce plan d’affaires est, comme tous les autres, plutôt décevant pour les intervenants et chercheurs qui ont à cœur le bien commun de la société et les intérêts des personnes souffrants de cette dépendance. Seul Robert Ladouceur, ce chercheur qui a reçu des millions (lui et les recherches auxquelles il est associé) de Loto-Québec, a applaudit les initiatives de cette société d’État dans un communiqué de presse qu’il s’est empressé à faire parvenir aux médias…

Le jeu pathologique représente, tout comme le tabagisme et la toxicomanie, un important problème de santé publique. À ce titre, il serait des plus judicieux que le gouvernement du Québec adopte un modèle de gestion plus éthique des «jeux» de hasard et d’argent. Lorsque nos gouvernements légalisent et étatisent une des « industries du vice » : drogues, prostitution, gambling (« jeux » de hasard et d’argent), etc. ils ne devraient être guidés que par de stricts motifs de santé et sécurité publique… Ce n’est pas ni le rôle ou le mandat de l’état de s’enrichir à même la misère d’autrui... La majeur parti des profits de Loto-Québec provient des joueurs ayant des problèmes de gambling !

Aujourd’hui, contrairement à hier, nous avons un bon portrait des ravages sociaux causés par les «jeux» de hasard et d’argent. Le gouvernement et Loto-Québec doivent faire marche arrière et cesser de se comporter en mauvais « père de famille ». Les coûts humains et coûts sociaux (entre 2.5 et 5 milliards $$(4)) sont devenus trop importants par rapport aux bénéfices que la société québécoise en retire !

Alain Dubois
Expert et intervenant (A.R.H) dans le domaine des dépendances
Membre de la coalition EmJEU
Éditeur des sites www.jeu-compulsif.info et www.toxico.info

(1) Selon une étude Léger Marketing réalisée dans le cadre du Forum sur le jeu pathologique, 5 % des Québécois se considèrent eux-mêmes joueurs pathologiques mais ce pourcentage représente probablement une sous estimation de la réalité. Puisque le fait d'admettre sa dépendance ou sa toxicomanie représente déjà un pas difficile à franchir... La question posée était la suivante : « Sachant qu’un joueur compulsif est dépendant et obsédé parle jeu et qu’il ne pense qu’à retourner jouer pour récupérer ses pertes, estimez-vous être un joueur/une joueuse compulsif (ve)? »

Selon statistique Canada, au Québec, il y aurait 4.6% de joueurs pathologiques «L'emploi et le revenu en perspective", numéro en ligne de mars 2004, Fiche sur les jeux de hasard et d'argent.
(1b) Pour les loteries vidéo, S.Chevalier évoque un taux de 9% de joueurs compulsifs et de 40% de joueurs éprouvant un problème significatif. (Jeu pathologique et joueurs problématiques : Le jeu à Montréal par S Chevalier, D Allard, Régie régionale de la santé et des services sociaux de Mtl-Centre, 2001

(2) Évaluation du Programme expérimental sur le jeu pathologique, Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), septembre 2003 Serge Chevalier, Danielle St-Laurent, Denis Allard, Chantale Audet, Catherine Geoffrion, Élisabeth Papineau

(3) Ethno-sociologie des machines à sous », ETHNO-SOCIOLOGIE DES MACHINES A SOUS, Jean-Pierre Martignoni-Hutin; Logiques sociales ;L'Harmattan

(4) Selon des études, le "jeu" pathologique coûterait chaque année entre 2,5 et 5 milliards $ à la société québécoise, Alec Castonguay, Le Devoir, édition du 10 avril 2004

NB : J’invite les lecteurs à se montrer méfiants vis-à-vis les statistiques, études ou recherches financés par Loto-Québec ou qui proviennent de chercheurs qui ont été associés de très près à cette société ou plus généralement à cette industrie du vice. Accordez leur autant de crédibilité que vous le feriez pour des recherches et chercheurs financés par l’industrie du tabac. Ces recherches et chercheurs, vous le comprenez, minimisent presque systématiquement les impacts de leur produit sur la santé et les coûts sociaux qui y sont associés. Avec eux, le tabac et les jeux de hasard et d’argent revêtent tjrs un aspect de détente...et de divertissement. Selon eux, ces produits sont bons si nous n’en n’abusons pas (excessif).

Rapport d'enquête de la DEA (août 2003), "MONEY LAUNDERING IN CANADA"
 

Sur le même sujet:  Loto-éthique? par Nicolas Langelier, chroniqueur au quotidien LaPresse ;  Le rôle de l'État dans le développement du jeu compulsif, par Alain Dubois ;

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