Pamphlet Alain Dubois
Jeu excessif et Robert Ladouceur & Cie. (Février 2001)
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Le coroner en chef du Québec dévoilait l’automne passé que 11, peut-être 13, suicides étaient directement attribuables à des problèmes de jeu compulsif. On peut facilement imaginer que ces suicides représentent la pointe visible de l’Iceberg et qu’en fait, ils sont beaucoup plus nombreux.

Le taux de prévalence pour ce type de compulsion a presque doublé, passant de 1.2 % à 2.1 %
(+/-5 % selon un sondage Léger) chez les adultes depuis que l’État à pris la relève du crime organisé au niveau des casinos et des machines de vidéo-poker ! Oui, vous avez bien lu !

Voilà de quoi faire réfléchir sur la responsabilité de notre gouvernement et de la Société d’État qui gère et développe les jeux d’argent et de hasard : Loto-Québec. Le gouvernement québécois exige année après année que Loto-Québec rapporte davantage de dividendes. Pour ce faire, Loto-Québec doit s’ingénier à développer de nouveaux marchés, attirer de nouvelles clientèles. Bref, faire en sorte que de plus en plus de nos concitoyens s’adonnent au jeu d’argent et de hasard.

Cette attitude de l’État, face au jeu d’argent et de hasard, démontre encore une fois que le capitalisme n’a d’autre morale que celle de son absence. Loto-Québec rapporte près d’un milliard par année à l’État. Le gouvernement néo-libéral du parti Québécois est en bonne partie responsable de la perversion de l’État en ce domaine. Le milliard ainsi récupéré représente plus ou moins ce qui est remis à l’entreprise privée en subventions de toute sorte … Libre échange et mondialisation obligent ! L’État développe la misère pour subventionner l’entreprise privée. Belle morale que c’elle là !

Un État responsable et « moral » devrait, non seulement légaliser les jeux d’argent et de hasard, mais retourner les sommes ainsi récoltées en totalité dans des programmes de prévention, traitements et recherche consacrés au jeu compulsif et dans un second temps, dans les services sociaux et la santé afin de pallier aux coûts sociaux que cette dépendance engendre. Et surtout, il ne devrait pas en faire la promotion ! Sa légalisation ne devrait servir qu’à empêcher le crime organisé d’en tirer profit, c’est tout !

D’ailleurs, pour les tenants comme moi de la légalisation des drogues, cela ne peut que nous amener qu’à reconsidérer notre position. En effet, nous n’avons aucune raison de croire que l’État agirait différemment en matière de drogue. J’imagine déjà les campagnes publicitaires qu’une Société des Alcools et des Drogues du Québec pourrait faire !

Nous sommes malheureusement presque forcés, à la lumière de l’expérience de la légalisation des jeux d’argent et de hasard, de constater que le meilleur programme de prévention résidait en son illégalité, puisque les politiques de l’État ont eu des conséquences plus néfastes que lorsque les jeux d’argent et de hasard étaient sous le contrôle d’organisations criminelles. Le gouvernement est plus bandit que les bandits. Incroyable, non ?

Que diriez-vous si un plan de traitement (recherche) pour le tabagisme et/ou les drogues était mis en œuvre par un chercheur subventionné depuis 20 ans par les marchands de tabac et/ou les trafiquants de drogues ? Ce chercheur aurait-il de la crédibilité à vos yeux? Je suis persuadé que la réponse de tous serait « non »

Et bien, surprise ! Savez-vous que Robert Ladouceur, psychologue, a été le principal récipiendaire des subventions à la recherche offertes par les services corporatifs de Loto-Québec? Ceux-la même qui soignent l’image de cette Société d’État. Robert Ladouceur et/ou des projets dans lesquels il est associé, dont le Centre d’Excellence sur le jeu (vous avez bien lu !) ont reçu des millions de dollars de Loto-Québec Consultez la section: "Centre de documentation" de toxico.info pour des textes en ligne sur le jeu compulsif. ICI 

Pas étonnant car ses théories, à mon avis, banalisent le jeu compulsif qu’il renomme « jeu excessif ». Ce skinnérien cognitiviste réduit le jeu compulsif à un simple problème de perception ou presque. Si des joueurs ont des problèmes de dépendance face aux jeux d’argent et de hasard c’est qu’ils comprennent mal la nature du hasard. Selon lui, le piège dans lequel tombent ces joueurs est de les considérer comme des jeux d’adresses. Ce grand « génie » nous propose donc comme traitement « d’apprendre » aux joueurs « excessifs » qu’ils ne peuvent compter sur le hasard pour faire des gains. Je schématise, mais c’est presque cela.

Imaginez si on appliquait sa théorie aux cocaïnomanes qui n’ont pas plus de réelle dépendance physiologique que les joueurs compulsifs. Il ne faudrait que leur faire réaliser que cette drogue est mauvaise pour eux pour qu’ils guérissent de leur dépendance…

Pourquoi l'État québécois et l'industrie du jeu de hasard et d'argent ont choisi Robert Ladouceur ?

En réduisant les problèmes causés par le jeu compulsif à un simple problème de perception et cognitions, Robert Ladouceur participe à faire reposer tout le poids du problème sur l'individu.

Il banalise ainsi le rôle de l'État et des influences sociales dans le développement (et le contrôle) de cette morbide "industrie". 

L'industrie du jeu et les États tenanciers sont donc très preneur de ce genre de théorie qui, objectivement, sous-estime les facteurs sociaux en faveur de simples facteurs individuels (perception/cognitions).

On peut rajouter que cette approche réductiviste d'un problème social et psychologique s'inscrit dans un courant idéologique typiquement anglo-saxon, américain et néo-libéral, où tout le poids de la "réussite social" et du bien être personnel est perçu comme une responsabilité presque exclusivement individuelle.

86% de réussite ?

Monsieur Ladouceur prétend devant les médias que son traitement a un taux de réussite de 86%. Mais il ne dit mot de ses critères de recherche qui éliminent beaucoup des sujets du départ (car trop pointus). Il ne dit pas, qu’au bout du compte l’échantillon est, plus ou moins de 14 sujets. Il se garde bien de mentionner aussi qu’il n’y a plus de « follow-up » au-delà de 6 mois. Ce qui pourrait nous en dire plus sur l’efficacité de son traitement à moyen et long terme.

On comprend maintenant mieux l’intérêt de Loto-Québec et de l’État québécois à financer les travaux de ce « réputé » chercheur. Une réputation que personne ne peut nier et qui provient en bonne partie de résultats de recherches financées par les services corporatifs de Loto-Québec.

Par ailleurs, il ne faudrait tout de même pas passer sous silence ses excellentes recherches, tels celles sur les coûts sociaux reliés au jeu d’argent et de hasard ainsi que ses études sur la prévalence de celui-ci au Québec.

Il faut aussi saluer les habiletés de ce chercheur dans le marketing de ses travaux et théories. Il a bien appris des services corporatifs de Loto-Québec qui l’ont financé depuis 20 ans.

On ne peut, au Québec, aborder la question du jeu compulsif sans citer ce chercheur. Il est partout, même dans ma soupe ! Plus sérieusement, il est impossible de lire quelque chose sur le sujet sans que son nom soit mentionné. Pourtant cette hégémonie théorique n’est que québécoise. Elle est marginale si on la situe dans le contexte mondial de la recherche sur le jeu compulsif. Robert Ladouceur critique Loto-Québec Quelle ne fut pas ma surprise, l’an passée, d’entendre sur les ondes de Radio-Canada une conférence de presse où Robert Ladouceur dénonçait un programme de prévention du jeu d’argent et de hasard chez les jeunes : « Moi, je passe », financé par Loto-Québec.

Voilà qui était nouveau. Robert Ladouceur dénonçait ceux-la même qui l’avaient si grassement subventionné depuis 20 ans. Pourquoi ? Difficile de savoir si, comme il l’a mentionné à ce moment, ce programme s’apparentait trop à ceux sur les drogues qui, selon lui, était non-scientifique et avait donné de piètres résultats. On peut spéculer que peut-être, lui-même aurait aimer proposer à Loto-Québec un projet de prévention, davantage « scientifique ». Peut importe le motif réel de ce soudain revirement de Robert Ladouceur face à Loto-Québec, cette sortie peut être perçue comme très habile, puisqu’il démontrait qu’il pouvait être critique face à la société d’État et, du même coup, qu’il pouvait se retourner contre eux. Démontrant ainsi son indépendance de chercheur.

MISE EN GARDE
Mes critiques et commentaires face à Monsieur Ladouceur ne présument d’aucune façon de son manque d’intégrité et du sérieux de ses protocoles de recherche. Je n’ai aucune compétence en ce domaine. Je ne fais qu’exprimer des ré flexions personnelles que j’ai depuis quelques années et que je partage avec vous, lecteur.

SUBVENTIONS REÇUES PAR LADOUCEUR


Il est extrême difficile de connaître le montant de toutes les subventions que Robert Ladouceur (et les projets dans lequel il est impliqué en autre avec les universités Laval et Mc Gill) a reçu des services corporatif de Loto-Québec depuis 20 ans. Mes demandes d’information auprès des organismes impliqué n’ont pas obtenu de réponses (ou presque). Voici tout de même quelque chiffre officiel que j’ai trouvé concerne sa « Recherche sur la prévention du jeu pathologique »: pour lequel il a obtenu 1 million 765 milles dollars(http://www.ulaval.ca/vrr/rech/Proj/53328.html). Son centre québécois d’excellence pour la prévention (...) a reçu une subvention de départ de 350 milles $ et une subvention annuel et récurrente de 500 milles $ (contrat de 5 ans). Le centre québécois pour la prévention et le traitement du jeu de l’Université Laval dans lequel il est aussi impliqué, reçoit lui 675 milles $ par année (http://gambling.psy.ulaval.ca/fr/sommes.html)

L’Association Américaine des Casinos et des jeux d’argent (American Gaming Association), qui se soucie elle aussi de son image corporative, lui a versé via sa fondation “ La Gaming Entertainment Research and Education Foundation ” $140,499 us pour une autre de ses recherches (http://www.ncrg.org/projects/projects.html)

Quand une industrie, comme celle du jeu $, finance si généreusement un chercheur, il faut se demander pourquoi !


*Les journalistes sont d’un manque étonnant de perspicacité. Ex: il y a 3 ans, certains organismes dénonçaient la présence de guichets automatiques au casino. Les agents de relation publique du service corporatif de L-Q n’ont eu qu’à affirmer aux médias qu’il n’y en avait pas, pour faire taire les journalistes. En vérité, ces machines (ayant les mêmes fonctions qu'un guichet automatique) existent, mais elles portent un autre nom ! À leurs décharges, il faut dire qu’enquêter sur L-Q exige une ténacité exceptionnelle...

Robert Ladouceur « Un gagnant » !
Université de Laval, 8 juin 1995 

Loto-Québec vient de faire un autre heureux: Robert Ladouceur. À défaut d'avoir remporté le gros-lot de la 6/49, le professeur de l'École de psychologie de l'Université Laval touchera,(…) une subvention totale de 875 000 $ pour se pencher, avec son équipe, sur les aspects fondamentaux, sociaux, interpersonnels et cliniques de la psychologie des jeux de hasard et d'argent .
http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/1995/35/006.html  

D’autre chiffre sur le jeu

Loto Québec avait un chiffre d’affaire de 51 MILLIONS lors de sa première année d’existence en 1971. En 1999 elle annonçait fièrement que cette somme était maintenant de 3.1 MILLIARDS dont plus de 1,251 milliard $ versé en dividendes au gouvernement du Québec. 30% des joueurs de vidéo–poker sont des joueurs compulsifs. +-25% des joueurs compulsifs tenteront de se suicider.

* ‘Le traitement ’ Ladouceur

Correction des verbalisations irrationnelles et thérapie béhaviorale (Sylvain, Ladouceur & Boisvert, 1997) 

-Restructuration cognitive & correction des verbalisations irrationnelles (l’apport de Ladouceur à ce traitement)*
-Résolution de problèmes (méthode de Goldfried et Davidson, 1976) en 5 étapes :
-Définir le problème.
-Prendre de l'information sur le problème.
-Générer différentes solutions.
-Faire une liste des avantages et des désavantages pour chaque solution.
-Implanter et évaluer la solution choisie.
-Enseignement d'habiletés sociales
-Prévention de la rechute
Succès : Le taux de succès n'est pas basé sur l'abstinence. 86 %, i.e. 12 des 14 sujets qui ont suivi le traitement ont descendu leur score en déça d'un certain score-critère dans au moins trois des cinq mesures employées. Il n'a pas été démontré dans la littérature qu'un lien direct est établi entre ces mesures (sentiment de contrôle et d'efficacité personnelle, désir de jouer, etc.) et le comportement d'abstinence au jeu. La fréquence du jeu qui a pourtant été mesurée n'entre pas dans ce résultat. (Dans le cadre d’une approche de réduction des méfaits, il s’agirait d'une mesure davantage "valide" (i.e. mesurant bien le phénomène, la variable, à l'étude et non un autre) et donc, plus pertinente)
Petit échantillon,14 sujets. Donc, non généralisable. Ne s'applique qu'aux joueurs ayant commencé à jouer tardivement (et donc avec problèmes les moins lourds). Les autres sujets ayant abandonné le traitement de façon significative. Possibilité que les abandons soient dus au traitement (80 %, i.e. 8 sur 11 des abandons ont eu lieu dans le groupe " traitement " vs " contrôle " 3 sur 11). 

-Le même traitement existe pour les adolescents. Cependant, l'accent est mis davantage sur l'apprentissage des habiletés sociales.

*Il serait pour le moins intéressant et pertinent que dans le cadre du traitement expérimental ie “scientifique” qui sera établi au CD-C, qu’il y ait un groupe contrôle utilisant une autre approche: humaniste, dynamique etc. Il existe de véritables théoriciens dont les points de vue cliniques sont drôlement plus intéressants que les banalités de Ladouceur, ex: Rosenthal et Rugle 

ROSENTHAL, R.J. (1986). The Pathological Gambler's System for Self-Deception. Journal of Gambling Behavior, (2) 108-120.

ROSENTHAL, R.J. & RUGLE, L. (1994). A Psychodynamic Approach to the treatment of Pathological Gambling : Part I. Achieving Abstinence. Journal of Gambling Studies, (10) 1, 21-42.

ROSENTHAL, R.J. & RUGLE, L.J. (1994). Transference and Countertransference Reactions in the Psychotherapy of Pathological Gamblers, Journal of Gambling Studies, (10) 1 43-65.

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