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Christine Tassé: TRAITEMENT PSYCHODYNAMIQUE POUR LE JEU PATHOLOGIQUE Travail présenté à Mme Louise Nadeau, "Toxicomanies : Abus de l’alcool et des drogues" PSY 6568, 20 décembre 1999 |
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| Notre travail portera sur le jeu pathologique et le traitement psychodynamique. Après avoir fait une brève présentation de la problématique (prévalence, manifestations cliniques ainsi qu'enjeux psychologiques et sociaux), nous aborderons le traitement. Nous expliquerons brièvement la cure psychodynamique dite "classique" puis nous nous attarderons à décrire un traitement particulier, bien adapté, selon nous, au jeu pathologique. Nous terminerons avec une revue des études évaluatives des traitements généraux offerts aux joueurs en psychodynamique et concluront par une amorce de réflexion concernant les programmes de traitement au Québec. La prévalence En 1991, le jeu pathologique chez les adultes (typiquement des hommes de moins de 30 ans ou entre 40 et 50 ans) présentait un taux de prévalence de 1.2 % (Ladouceur, 1991). Sept ans plus tard, suite à l'augmentation des occasions de jeu (ouverture de trois casinos, légalisation des machines de loteries vidéo et augmentation des terminaux de loteries de type 6/49), nous constatons un taux de prévalence de 2.1 %, soit une hausse de 75 % (Ladouceur, Jacques, Ferland & Giroux. 1996). Nous croyons donc que cette problématique est particulièrement importante et que nous devons porter une attention toute particulière, entre autres au traitement de celle-ci, si nous ne voulons pas être dépassés par ce phénomène. Les manifestations cliniques Le jeu pathologique présente les manifestations cliniques suivantes, qui sont énumérées plus en détail dans le DSM-IV (APA, 1996 [1994], p.273) à la section " Troubles du contrôle des impulsions non classés ailleurs ". Il est intéressant de noter la ressemblance avec les Troubles liés à une substance (p. 105, 107 et 113). Ces manifestations se présentent ainsi : une progression et une préoccupation avec le jeu ; de la tolérance (besoin de miser davantage d'argent afin d'obtenir le même niveau d'excitation) ; une perte de contrôle ; l'évitement de sentiments dysphoriques par l'activité de jeu ; la présence de " chasing " (l'idée de vouloir se refaire, i.e. regagner l'argent perdue) ; des mensonges ; des actes illégaux ; des problèmes inter relationnels, familiaux et au travail ainsi que des problèmes financiers. On note aussi dans la littérature, la présence de symptômes de sevrage (Wray & Dickerson, 1981) Les enjeux psychologiques et sociaux Cette problématique comporte aussi plusieurs enjeux psychologiques et sociaux. Autant chez le joueur lui-même que chez ses proches (Jacobs, 1989a ; Lesieur & Rothschild, 1989 ; Lorenz & Yafee, 1986 ; 1988). Psychologiquement, la littérature rapporte de nombreux phénomène de comorbidité. Entre autres un taux moyen de 50 % avec la toxicomanie, incluant l'alcoolisme (voir, Ladouceur & Coll, 1994 ; Lesieur, 1992 ; Lesieur, Blume & Zopa, 1986 ; Linden & Coll, 1986), mais aussi avec la dépendance sexuelle, l'achat compulsif et les troubles alimentaires (Lesieur, 1998). De plus, presque tous les articles nous parlent de la présence de dépression chez cette clientèle ( 75 % selon Ladouceur, Boivert, Pépin, Loranger & Sylvain, 1994 ; McCormick et Coll, 1984). On nous rapporte aussi un taux de suicide élevé chez les joueurs. Les auteurs s'entendent généralement pour un taux de 20 % de tentatives et de 75 % de pensée suicidaires (Frank, Lester & Wexler, 1991 ; Blaszczynski & Farrell, 1998). En particuliers chez les joueurs ayant des dettes, une dépression et des difficultés relationnelles (Blaszczynski & Farrell, 1998). Ce qui sera le cas, un jour ou l'autre, pour la plupart des joueurs pathologiques. Les joueurs vivent aussi des problèmes relationnels importants, allant jusqu'au divorce dans 30 % des cas (Lesieur, 1998). De plus, 93 % rencontreraient les critères de troubles de personnalité (Blaszczynski & Steel, 1998). Tous ces enjeux psychologiques devraient être pris en compte lors du traitement du joueur, afin d'assurer une meilleure efficacité de celui-ci. Les enjeux sociaux Du coté des enjeux sociaux, Ladouceur & Coll (1994), Lesieur (1998) ainsi que Walkman & Barnett, (1999), font état de problèmes de santé physique (migraines, problèmes gastriques, insomnie, etc. ) au moins une fois par semaine ; de problème d'emploi (66 % d'absentéisme ; 36 % de perte d'emploi) ; d'endettement (28 % de faillite) et légaux (68 %). Ces enjeux sociaux coûtent cher à la société québécoise, cependant peu d'argent est investi à ce jour, par rapport à des profits élevé, dans des traitement qui permettraient (avec des mesures sociales de contrôle des occasions de jeu) d'abaisser ces coûts (Ladouceur & Coll., 1994) Le traitement psychodynamique classique Nous aborderons maintenant le traitement psychodynamique dit "classique". Il s'agit de traitements habituellement appliqués aux joueurs pathologiques, sans toutefois que celui-ci soit adapté spécifiquement à cette clientèle. Les psychodynamiciens, avec Freud à leur tête (1928), ont été les premiers à s'intéresser à cette problématique. Le cadre théorique utilisé s'articule généralement autours des notions d'auto-punition, de culpabilité. de masochisme moral, de tension et peurs érotisées, etc. (voir, Bergler, 1958 ; Harkavy, 1954 ; Simmel, 1920). Cependant, les concepts davantage étudiés par les chercheurs contemporains sont l'omnipotence narcissisme (Livingston, 1974 ; Rosenthal, 1986 ; Taber, 1982) et chez les états limites (Selzer, 1992), l'hypothèse ordalique, i.e. le besoin de s'abandonner au destin afin de tenter de le maîtriser (Valeur & Bucher, 1997 ), la défense contre une perte (Whitman-Raymond, 1988), la force du moi (Taber, Russo, Adkins & McCormick, 1986). Voir aussi Rugle & Rosenthal (1994a) pour un survol des implications cliniques du travail thérapeutique avec le joueur. Il est malheureusement impossible, dans un travail comme celui-ci, d'entrer dans les détails et les subtilités d'une telle approche. En ce qui à trait à la technique utilisé, nous nous en tiendrons donc aux grandes lignes. Il s'agit généralement de l'association libre ; de la mise en place d'un cadre thérapeutique et de l'analyse du transfert et du contre-transfert (Rugle & Rosenthal, 1994c), tous permettant l'émergence de matériel pouvant être analysé et interprété au client. Le traitement du Dr Richard Rosenthal Cependant, un psychiatre et psychanalyste américain, Richard, J. Rosenthal, a mis au point un traitement particulier à la clientèle de joueurs pathologiques (Rosenthal & Rugle, 1994b). Ce traitement intègre une approche psychodynamique traditionnelle avec un modèle de " l'addiction " (dépendance) très étudiée par les chercheurs contemporains de plusieurs approches ( voir Blume, 1986 ; Dickerson, 1977 ; Jacobs, 1986 ; 1987; 1989b ; Lesieur & Blume, 1991). Il s'applique en psychothérapie individuelle, de groupe ou familiale. Il a aussi mis sur pieds une évaluation et un traitement pour les joueurs en prison (dit " criminel ") (Rosenthal & Lorenz, 1992). Cependant, nous nous attarderons ici à la psychothérapie individuelle. De plus, ce traitement est entièrement compatible avec les autres thérapie (cognitive-béhaviorale, pharmacologique, G.A). En fait, selon Rosenthal, une combinaison d'approches est souvent plus utile. Il va au-delà du débat théorique à savoir si le jeu est une cause (on doit le traiter) ou un symptôme (on doit trouver la cause et la traiter). Dans ce programme, le jeu en lui-même est le focus de l'intervention et, dans le même temps, les causes sous-jacentes au jeu sont investiguées. Comme l'écrivent Rosenthal et Rugle " That is both is one of the many paradoxes the acceptance of which will make us better therapists " (p. 40). L'aspect : traitement psychodynamique Ce traitement met l'emphase sur la signification et les conséquences du comportement. Ce que dit le patient a un sens et les différents liens entre les choses qu'il dit peuvent être découverts. Ainsi, il y a un lien entre le passé et le présent, entre les pensées et les sentiments, entre les fantasmes (fantaisies) et les comportements. Le client dit tout ce qui lui vient en tête. Par cette libre-association, les liens entre le comportement de jeu et le/les problèmes générant les émotions douloureuses que ce comportement cherche à fuir, peuvent être trouvés. Il peut s'agir de n'importe quelle situation pouvant causer un stress ou un traumatisme, telle une enfance dans une famille difficile, un/des deuil(s) non-résolu(s), etc. Le thérapeute aide le joueur à faire face aux expériences intolérables déclenchant ces émotions. Ce qui a comme résultat que le besoin de fuite s'atténue et le comportement de jeu peut cesser. Les expériences générant ces émotions peuvent alors être travaillées directement. L'aspect : thérapie de support Selon Rosenthal, généralement les thérapies de support (ex : conseils pour apprendre à composer avec la situation), lorsqu'elles sont le seul élément du traitement, communiquent au patient le message suivant : qu'il n'a pas à régler ses anciens traumatismes et qu'il n'a besoin que d'éviter ses émotions inconfortables et ses conflits internes. Ces thérapies justifient et renforcent donc justement ce que le joueur essaie de faire, sans succès, en jouant (la fuite). Cependant, un programme actif sous-tends un besoin de développer de nouvelles activités de remplacement saines. Par exemple, l'activité physique est très importante pour ceux souffrant d'un trouble d'hyperactivité ou de dépression. Afin d'aider le client à atteindre et maintenir son abstinence face au jeu, le thérapeute : confronte le client avec les conséquences de son comportement ; attire l'attention de celui-ci sur les " trous " et les inconsistances dans la narration de son histoire ; aide le client à anticiper les problèmes reliés au jeu et enfin, suggère de meilleurs mécanisme d'adaptation au stress (mécanismes de " coping "). Le traitement en cinq étapes Il s'agit d'une thérapie directive et compréhensive. Ainsi, l'analyse classique s'adapte au caractère insécure du joueur qui a souvent peur d'être jugé et qui est particulièrement sensible à l'incertitude et dépendant de l'opinion des autres. Le thérapeute communique sa compréhension et son empathie face aux problèmes du joueur. Pas seulement ceux à la source du jeu (traumatisme), mais aussi ceux générés par celui-ci.
Cinq stratégies sont employées à cette fin.
Ainsi, nous croyons qu'il serait plus efficace de bâtir de tels programmes à partir de l'expertise analogue des centres de réadaptations et/ou cliniques privés ou publics pour alcooliques et toxicomanes et de leur personnel d'intervention. L'infrastructure des programmes d'aide en toxicomanie étant déjà en place, l'implantation des services à la clientèle des joueurs pathologiques pourrait s'effectuer assez rapidement et à des moindres coûts. En ce qui concerne l'expertise, tous les professionnels pourraient contribuer aux programmes offerts à cette clientèle moyennant une formation d'appoint. |
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DERNIÈRE MISE À JOUR 03/11/05 |