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Quand le jeu devient-il un problème ?

JEU AIDE ET RÉFÉRENCE

On ne mesure pas la pathologie d'un joueur simplement par le montant d'argent qu'il dépense au jeu. Un individu financièrement à l'aise peut jouer plusieurs milliers de dollars par années sans que cela soit un problème pour lui. En fait, les quelques trente ou quarante dollars par mois que joue une personne ayant un faible revenu ou bénéficiant de l'aide-sociale se révèlent beaucoup plus problématique.

Le gambling (jeu), autant dans le domaine de la loterie et du bingo que dans celui des appareils de loteries vidéo et des casinos, devient pathologique lorsqu'il génère plus de difficultés dans la vie de la personne que de divertissement. Par exemple, si le jeu accapare l'argent dévolu à d'autres fins telles le compte d'électricité ou la facture d'épicerie ou, plus dévastateur encore, le temps et l'attention qui devraient, par exemple, être consacrés à ses enfants ou son/sa conjoint(e). Ou encore, si la personne ne peut s'empêcher ou s'arrêter de jouer. Si elle ne joue pas, elle y pense sans arrêt et se sent irritée, elle n'a plus le goût de rien faire et elle sent qu'il lui manque quelque chose". 

Comment reconnaître un joueur compulsif ?

On appelle le jeu compulsif le ''mal caché", puisque contrairement à d'autres dépendances, il n'y a pas "d'haleine d'alcool", de "yeux rouges" ou autres signes extérieurs facilement discernables permettant de déceler qu'une personne a un problème avec le jeu.

Le joueur compulsif peut tout aussi bien acheter des billets de loteries, s'adonner aux machines de loterie vidéo, aller jouer au bingo ou aux courses et parier sur des événements sportifs, que fréquenter un casino. Le joueur pathologique peut être un jeune garçon ou une jeune fille ayant déjà des centaines de dollars de dette cumulées. En fait, au Québec, 2.8% (1) des adultes (5% selon un récent sondage Léger Marketing), chez les adolescents les données les plus récentes (2) révèlent que 55% des adolescents jouent occasionnellement, 13% sont susceptibles d'éprouver des problèmes avec les jeux de hasard et d'argent et entre 4 et 6% d'entre-eux ont un problème sérieux avec ces "jeux" !. Le joueur, c'est aussi la dame ou le monsieur dans la soixantaine qui se retrouvent désemparés lorsque les enfants sont partis de la maison et que sonne l'heure de la retraite. En jouant, ils cherchent à combler le sentiment d'inutilité, d'ennui et de vide qui les habitent. Ces personnes peuvent rapidement perdre ce qu'ils ont amassé et construit pendant toute une vie: argent, ami(es), enfants, dignité et confiance de leur entourage.

Le joueur québécois moyen serait un homme célibataire de moins de trente ans (Ladouceur, 1996). Cependant, il y a davantage de femmes dépendantes du bingo. Et les gens plus pauvres développent plus souvent un problème de compulsion avec les loteries. 83% des joueurs compulsifs ont des dettes. Chez un tiers d'entre eux, ces dettes vont de 75 à 100 mille dollars. 63% ont déjà déclaré faillite ou sont sur le point de le faire (Université Laval, 1993). Cependant les femmes, elles, ont en moyenne 15 mille dollars de dettes (Lesieur, 1988a). De plus, près de 1 joueur sur 2 est aux prises avec un autre problème de dépendance, par exemple avec l'alcool, la drogue, etc. (Addiction Fondation of Manitoba, 1996).

On peut penser qu'une personne a un problème avec le jeu lorsqu'elle ne parle que de ses activités de jeu et vous raconte en détail ses gains, tout en taisant ses pertes. Aussi si vous remarquez qu'elle engage des sommes de plus en plus importante au jeu et conséquemment essaie constamment d'emprunter de l'argent à son entourage. Si le joueur agit de cette façon, c'est qu'il a besoin d'augmenter la somme de ses paris pour atteindre l'état d'excitation désiré. De la même façon que le toxicomane doit augmenter sa consommation de drogue pour obtenir le même effet. Si une personne vous fait part qu'elle a déjà effectué des essais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter le jeu, ceci devrait vous mettre la puce à l'oreille. Voici un autre indice qu'un individu a développé un problème de dépendance envers le jeu. S'il est agité, irritable ou dépressif lors qu'il ne joue pas pendant un certain temps. Ces signes étant la manifestation du "manque" que ressent le joueur. Finalement, si la personne vous dit qu'elle joue "pour oublier ses problèmes"; si elle retourne toujours jouer dans l'espoir de "se refaire", c'est à dire regagner l'argent qu'elle a perdu (tout le monde sait que c'est impossible) ou si elle a tendance à penser que les résultats du jeu dépendent plus de ses compétences à jouer, des qualités de la "machine", d'un chiffre "chanceux" a la loterie, etc. que du hasard, alors vous pouvez commencer à penser que cette personne à un problème.

Dépendance : état qui se caractérise par le besoin impérieux de faire une activité, ou consommer une substance. et par la nécessité d'en augmenter la fréquence ou la dose afin d'en maintenir l'effet et éviter l'état de manque (malaise, angoisse)

 

Critères diagnostiques du DSM-IV pour le jeu pathologique

1. Préoccupation par le jeu (ex. : préoccupation par la remémoration d'expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines ou par les moyens de se procurer de l'argent pour jouer).

2. Besoin de jouer avec des sommes d'argent croissantes pour atteindre l'état d'excitation désiré.

3. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.

4. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d'arrêt de la pratique du jeu.

5. Joue pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (ex. : des sentiments d'impuissance, de culpabilité, d'anxiété, de dépression).

6. Après avoir perdu de l'argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour « se refaire»)

7. Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d'autres pour dissimuler l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu.

8. Commet des actes illégaux tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d'argent pour financer la pratique du jeu.

9. Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d'étude ou de carrière à cause du jeu.

10. Compte sur les autres pour obtenir de l'argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.

(Extrait du Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-IV), p. 181 et 618)

(1) Selon Robert Ladouceur / Centre Québécois d'Excellence pour la Prévention et le Traitement du jeu - Le taux de 2.8% est l'ancien taux de 2.1 sans l'erreur de pondération (Jean Leblond Ph.D -2005)
(2) Donnés provenant du Centre international pour l'étude, le traitement et la prévention du jeu chez les jeunes de l'Université McGill. http://www.youthgambling.com/french/default.htm
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Voire rubriques: Comment aider, comment s'aider | Pourquoi une personne joue-t-elle de façon compulsive ?  

DERNIÈRE MISE À JOUR 03/11/05