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Alain Dubois -Opinion

CE QUE GAGNE LES QUÉBÉCOIS GRÂCE À LOTO-QUÉBEC

Le rôle de l'État dans le développement du jeu compulsif

Selon une étude Léger Marketing le Québec aurait le plus haut taux de joueurs compulsifs (5%) du Canada et probablement de tout les pays occidentaux. Ce taux grimpe à près de 10% si on tient compte uniquement des loteries vidéo (a)

Depuis que l'état a légalisé les jeux de hasard et d'argent et pris la relève du crime organisé au niveau des casinos et des machines de vidéo-poker, le taux de prévalence pour ce type de compulsion a presque doublé. Il est passé de 1.2% à 2.8% (Ce taux de 2.8% est l'ancien taux de 2.1 sans l'erreur de pondération -Jean Leblond Ph.D- 2005) selon Robert Ladouceur, un chercheur financé par Loto-Québec et à 5% selon une étude réalisée par la firme Léger Marketing en septembre 2001(1). Selon l' INSPQ, une majorité de joueurs compulsifs songent au suicide (jusqu'à 70%) et chaque année, des dizaines d'entres-eux  passeraient à l'acte. Oui, vous avez bien lu ! Voilà de quoi faire réfléchir sur la responsabilité de notre gouvernement et de la Société d'État, Loto-Québec, qui gère et développe les jeux d'argent et de hasard. Le gouvernement québécois exige année après année que Loto-Québec rapporte davantage de dividendes. Pour ce faire, Loto-Québec doit " s'ingénier " (sic) à développer de nouveaux marchés, attirer de nouvelles clientèles. Bref, faire en sorte que de plus en plus de nos concitoyens paient une "taxe volontaire" en s'adonnant au jeu d'argent et de hasard.

 

Une taxe de misère

Où pensez-vous qu'il s'achète le plus de billets de loteries et que l'on s'adonne le plus au vidéo-poker (loteries vidéo) ? À Westmount, St Lambert où dans Hochelaga-Maisonneuve, Centre-Sud, Pointe St-Charles? Posez la question, c'est y répondre. Ce sont les plus pauvres d'entres-nous qui s'adonnent le plus à ces jeux de hasard et d'argent et ce, dans l'espoir de sortir un jour de leur misère. ( Lire à ce sujet l'excellent article du journal The Gazette VLTs target the poor - ajout du 12 nov. 2002)

On place à la tonne des terminaux de Loto-Québec dans tous les dépanneurs, des machines de loteries vidéo dans les bars, là où il y a de l'alcool puisque ce puissant désinhibiteur fait jouer d'avantage. Si vous visitez les dépanneurs des quartiers pauvres de Montréal vous constaterez qu'il est fréquent d'y rencontrer des assistés sociaux, des retraités dépensant 40, 60, 80 dollars dans l'achat de billets de loterie. Si vous allez dans les casinos, vous réaliserez que visiblement la plupart des joueurs ont peu d'argent et qu'il y a là aussi une forte proportion d'assistés sociaux, de chômeurs, de retraités et de membres de la communauté chinoise. Plusieurs d'entre eux ont la couche aux fesses afin de ne pas perdre leur tour sur leur machine... au cas où ils auraient une petite envie. La nuit, le spectacle est encore plus désolant. Attirer les touristes fut le motif évoqué par Loto-Québec pour élargir les heures d'ouverture la nuit. Pourtant, en ces heures, les joueurs compulsifs sont de toute évidence en nette majorité dans les casinos, et les touristes à peu près absents. S'il y a un suicide, une équipe de "nettoyeurs" enlèvera toutes traces de l'incident en quelques minutes. Si ce n'est pas une taxe de misère ça, qu'est que c'est ? 

Régulièrement on entend dans les médias des porte-parole de Loto-Québec et des membres du gouvernement, argumenter qu'il est préférable que ce soit l'État qui contrôle les jeux de hasard et d'argent plutôt que le crime organisé. Pourtant, à la lumière des faits, nous sommes en droit d'avoir un doute sur la véracité de cet énoncé ou du moins de douter de la bonne foi de ceux qui nous servent cet argument. De nombreux témoignages et articles de presse dénoncent les liens entre certains tenanciers de bars et brasseries où on retrouve des loteries vidéo (L-V) et le crime organisé. Jacques Dallaire du journal "Le Soleil" pose la question "Est-ce normal que l'État consente des permis à des débits de boisson qui vivent en réalité des revenus des "machines" de jeu? Pire, qu'il aide indirectement à financer des endroits contrôlés par le crime organisé ? Quand 15 000 appareils se retrouvent disséminés dans 4500 établissements, ça ne peut faire autrement."
(2).  Même le ministre des finances M. Yves Séguin a récemment dénoncé cette présence du crime organisé. Selon lui  "une partie des 15,000 machines vidéo-pokers qu’on retrouve dans les bars du Québec seraient sous le contrôle de criminels" (3). Les prêteurs usuraires feraient eux aussi de bonnes affaires grâce aux L-V et aux casinos (ex.: clan Théodore). Finalement, la DEA (USA) a lé que les organisations criminelles profitaient allègrement des casinos Québécois afin d'y blanchir de l'argent. On peut affirmer, sans guère se tromper, que la légalisations des loteries-vidéo et des casinos a été une sacré bonne affaire pour le crime organisé ! C'est eux les grands gagnants de cette légalisation...

Un État responsable et " moral " devrait, s'il légalise les jeux d'argent et de hasard, retourner les sommes ainsi récoltées en totalité dans des programmes de prévention, de traitement et de recherche consacrés au jeu compulsif et, dans un second temps, dans les services sociaux et dans la santé afin de pallier aux coûts sociaux que cette dépendance engendre. Surtout, il ne devrait pas faire la promotion du jeu. Sa légalisation (lire nos recommandations) ne devrait servir qu'à empêcher le crime organisé d'en tirer profit, c'est tout !

Nous sommes malheureusement presque forcés, à la lumière de l'expérience de la légalisation des jeux d'argent et de hasard, de constater que le meilleur programme de prévention résiderait en son illégalité, puisque les politiques de l'État ont eu des conséquences plus néfastes que lorsque les jeux d'argent et de hasard étaient sous le contrôle d'organisations criminelles. Le gouvernement est plus bandit que les bandits. Incroyable, non ?

Voici quelques statistiques de Santé et Bien-être Canada:

26,8 % des joueurs pathologiques ont tenté de se suicider ;

37 % des joueurs pathologiques volent jusqu’à 5000 $ par année à leur employeur ;

14 % d’entre eux s’absentent du travail des journées entières dans le but de s’adonner à des jeux de hasard ;

36 % perdent leur emploi en raison de problèmes associés au jeu ;

83 % des joueurs compulsifs empruntent de l’argent auprès d’amis, de parents et d’établissements bancaires pour rembourser leurs dettes de jeu ;

Une étude effectuée par un chercheur de l’Université du Manitoba indique qu’un joueur compulsif coûte en moyenne 56 000 $ à la société.

(a) Pour les loteries vidéo, S.Chevalier évoque un taux de 9% de joueurs compulsifs et de 40% de joueurs éprouvant un problème significatif. (Jeu pathologique et joueurs problématiques : Le jeu à Montréal par S Chevalier, D Allard, Régie régionale de la santé et des services sociaux de Mtl-Centre, 2001 (www.jeu-compulsif.info/documents/jeu-pathologique-mtlcentre.pdf)

(*) Le taux de 2.8% est l'ancien taux de 2.1 sans l'erreur de pondération (Jean Leblond Ph.D- 2005)

(1) Selon une étude Léger Marketing réalisé dans le cadre du Forum sur le jeu pathologique, 5 % des Québécois se considèrent eux-mêmes joueurs pathologiques mais ce pourcentage représente probablement une sous estimation de la réalité. Puisque le fait de d'admettre sa dépendance ou sa  toxicomanie représente déjà un pas difficile à franchir... La question posée était la suivante : « Sachant qu’un joueur compulsif est dépendant et obsédé parle jeu et qu’il ne pense qu’à retourner jouer pour récupérer ses pertes, estimez-vous être un joueur/une joueuse compulsif(ve)? »

(2) Jacques Dallaire, Un remède de cheval ! L'industrie des courses attelées a besoin de vision, 2004/01/29

(3) Denis Lessard, journaliste au quotidien LaPresse Loto, 5000 machines illégales, Le crime organisé contrôle les vidéo-pokers,cahier A7  2004/01/13

LOTO QUÉBEC A LE MONOPOLE DE L'INDUSTRIE DES JEUX DE HASARD ET D'ARGENT -LOTO QUÉBEC A FINANCÉ LA RECHERCHE SUR LE JEU COMPULSIF (PRINCIPALEMENT LES TRAVAUX DE ROBERT LADOUCEUR) - LOTO QUÉBEC ET LE GOUVERNEMENT QUÉBÉCOIS ONT (QUASIMENT) IMPOSÉ LE PROGRAMME NATIONAL DE TRAITEMENT  (CELUI DE ROBERT LADOUCEUR) POUR LES JOUEURS COMPULSIFS - LOTO QUÉBEC FINANCE ET CONTRÔLE LES PROGRAMMES DE PRÉVENTION SUR LE JEU COMPULSIF (INSPIRÉ PAR CELUI PRÉCONISÉ PAR ROBERT LADOUCEUR) - LOTO QUÉBEC FINANCE LA LIGNE D'AIDE ET  D'URGENCE POUR LES JOUEURS COMPULSIFS.... MICROSOFT ET BILL GATE N'AURAIT PU FAIRE MIEUX, QU'EN PENSEZ-VOUS ?  

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 DERNIÈRE MISE À JOUR 03/11/05